Mulhouse est née entre l’Ill et la Doller. C’est en 803 que son nom, Milhusen, est cité pour la première fois et signifie soit Im Illhusen, « maisons situées sur l’Ill », soit Mulenhusen ou « maison du moulin ». C’est d’ailleurs une roue de moulin qui orne son blason.

C’est grâce à l’empereur Frédéric 1er (1121-1190), dit Barberousse, qui après y avoir séjourné à deux reprises en 1153 et en 1186, que Mulhouse devient ville royale. Ce qui lui permet de bénéficier de privilèges et plus tard du droit de fixer elle-même les règles applicables à la ville. C’est un premier pas vers son indépendance.

En 1224, Mulhouse obtient de l’arrière-petit-fils de Barberousse, l’empereur Henri VII, le droit de se fortifier. La porte de Bâle, la porte du Miroir, la porte Haute et la porte Jeune, ainsi que des fossés complètent la ceinture de la ville.

Vers 1246 l’homme le plus puissant d’Alsace, successeur de l’évêque de Strasbourg, fait construire un château à l’ouest de Mulhouse. Ainsi les habitants seront à l’abri des pillards et des brigands. Mais ceux-ci, tout en étant au service de l’évêque, se préoccupent surtout de leur liberté et de leur enrichissement personnel. Ainsi ils vont se révolter contre l’évêque. C’est avec l’aide des troupes du comte Rodolphe de Habsbourg, le futur empereur, qu’en 1262 les Mulhousiens détruisent la maison forte de l’évêque. Il n’en reste aujourd’hui que la Tour du Diable et la Tour Nessel. La Tour du Diable tirerait son nom pour avoir servi de prison pour des crimes de sorcelleries. Puis elle a fait partie des fortifications de Mulhouse, avant de servir de logements pour ouvriers. Plus tard elle a été restaurée. C’est en 1308 que Mulhouse devient Reichstadt (Ville d’Empire). Elle n’est ainsi que sous l’autorité de l’empereur et acquiert ainsi une plus grande indépendance.

Une autre tour, celle du Bollwerk, qui fut rajoutée en 1395 au mur d’enceinte donna le nom de cité du Bollwerk à Mulhouse.
A cette époque la vile est dirigée par un conseil composé de nobles et de bourgeois. Mais vers 1445 les nobles sont évincés du Conseil. Car après le siège des Armagnacs, toute la région a été ruinée et les nobles en furent tenus pour responsables. A partir de ce moment-là ce sont uniquement des bourgeois issus des corporations (Zünfte) qui dirigent la ville. Ce n’est qu’au moment de la réunion de la République de Mulhouse à la France en 1798, que Mulhouse aura son premier maire.
C’est par son statut de ville d’Empire et le jeu d’alliances avec des villes suisses que Mulhouse accroit et préserve son indépendance. Elle s’alliera avec Berne et Soleure en 1466, puis avec Bâle en 1506. Le 19 janvier 1515, elle s’allie avec 13 cantons de la Confédération suisse. Mulhouse privilégie ainsi la paix et le respect de sa souveraineté. Elle est une république indépendante du reste de l’Alsace.

« Collection des archives / bibliothèque / musée Historique de la Ville de Mulhouse».

 

Un aperçu de la ville à cette époque est visible sur des plans anciens de Mulhouse. Le premier plan a été retrouvé à Berne, d’où son nom, plan de Berne, et c’est Matthäus Merian, originaire de Bâle en Suisse, qui en 1642 s’en est inspiré pour graver le plan dit plan de Merian. On y voit la muraille entourant la ville, les fossés et les portes d’accès à la ville.

La prochaine étape marquant la spécificité de Mulhouse se dessine à partir de 1523 et par étapes jusqu’en 1529. Le Conseil et les élites de la ville de Mulhouse décident d’adhérer à la Réforme. En 1529 seul le culte protestant est autorisé. Les catholiques et les juifs sont expulsés. Mulhouse devient une enclave réformée au sein des territoires des Habsbourg qui restent catholiques.
Tandis que le reste de l’Alsace subit d’énormes pertes humaines et matérielles pendant la Guerre de Trente ans (1618-1648), Mulhouse réussit à rester neutre, s’enrichit du commerce avec les belligérants et voit même sa population augmenter.
A partir de 1648, le Sundgau devient français et Mulhouse est maintenant enclavée dans le Royaume de France.
Au XVIIIe siècle, le pouvoir est aux mains de quelques familles bourgeoises et lorsque en 1746 la première fabrique d’impression sur étoffes est créée, elle l’est par trois jeunes mulhousiens issus de ces familles bourgeoises. Cette idée n’est pas nouvelle, mais ils le font en bénéficiant des tous derniers progrès techniques réalisés dans le domaine de la fabrication et de l’application des couleurs. C’est la naissance de l’industrie mulhousienne.

Ainsi démarre la révolution industrielle à Mulhouse et c’est en 1849 que la première ligne de chemin de fer en Alsace est inaugurée.
Ce sont quatre jeunes mulhousiens appartenant à des familles bourgeoises protestantes venues d’Allemagne ou de Suisse, établies à Mulhouse depuis le XVIe siècle qui associent leurs connaissances. Jean-Jacques Schmaltzer apporte ses connaissances techniques, Jean-Henri Dollfus son talent artistique, Samuel Koechlin l’essentiel de l’argent et Jean-Jacques Feer est le financier du groupe.
Les indiennes (toiles en coton imprimé) fabriquées dans cette manufacture sont le produit à la mode du moment. D’autre part leur fabrication est interdite en France et elle est ainsi très recherchée. De plus son usage se répand de l’élite vers le peuple, ainsi elle devient le premier marché de masse de l’histoire d’autant plus que dans le Royaume de France la fabrication d’indiennes est interdite depuis 1681. C’est le ministre Colbert qui est à l’origine de cette interdiction, voulant protéger les fabricants de vêtements en laine et en lin.
Autre facteur favorisant : Mulhouse dispose d’une eau très pure, celle de la Doller et d’une eau calcaire, celle de l’Ill, la première servant au lavage et blanchiment et la deuxième à la teinture.
Mulhouse dispose également d’une main-d’œuvre abondante et bon marché.
Une autre cause de succès et non des moindres est liée à la Réforme protestante. Le croyant veut par son travail atteindre la réussite professionnelle. Le modèle réformé est un mouvement collectif de création d’entreprises pour exploiter un produit nouveau réclamé par le marché. A Mulhouse ce sont les indiennes.

DMC : Dollfus-Mieg et Compagnie

C’est en 1797 qu’est créée la manufacture d’indiennes à Dornach qui en 1800 prendra le nom de DMC, Dollfus-Mieg et Cie. De nos jours et après avoir subi de nombreux changements de propriétaires et s’être spécialisée dans le fil pour la broderie, l’entreprise DMC est toujours en activité à Mulhouse.
Un tournant majeur dans l’histoire de Mulhouse se produit le 4 janvier 1798 à la suite d’un long blocus douanier entre la France et la République de Mulhouse. Celle-ci se décide de voter sa réunion à la France. En 1803 le culte catholique y est rétabli. De 1804 à 1812 se déroulent les travaux de creusement du canal du Rhône au Rhin. En 1812 la première machine à vapeur est installée chez DMC. En 1815 la première fabrique de produits chimiques est créée. Le 20 avril 1826, c’est la création de la SIM, Société Industrielle de Mulhouse. La même année c’est la fondation de l’entreprise André Koechlin qui deviendra la SACM (Société Alsacienne de Constructions Mécaniques) en 1870. En 1839 la première ligne de chemin de fer en Alsace est inaugurée, c’est la ligne Mulhouse-Thann. En 1879, l’école de chimie est construite quai du fossé.
Mulhouse devient ainsi la «Manchester française», la « ville aux cent cheminées ».
Et en 1839 les grandes familles mulhousiennes y sont à leur apogée. Les membres de ces familles sont brillants et nombres d’entre eux sont à l’origine de progrès techniques et de découvertes scientifiques.
Ces dynasties d’industriels et de scientifiques alsaciens et notamment mulhousiens ont une origine commune en la personne du mathématicien bâlois Jean Bernoulli (1667-1748). Bon nombre d’entre eux en sont des descendants. Parmi eux, il y a deux frères, entrepreneurs célèbres, Jean Henri Dollfus, créateur de la première fabrique de tissus imprimés de Mulhouse et Jean Dollfus, créateur d’une seconde fabrique de tissus imprimés, petit-fils de Jean Bernoulli du côté maternel.
Dans la famille Dollfus, il y a non seulement de brillants industriels, mais aussi des savants. Jean Dollfus (1800-1887) était le chef de la maison Dollfus-Mieg et Cie. Son frère Daniel Dollfus-Ausset (1793-1870) était chimiste dans l’entreprise Dollfus-Mieg et Cie, puis s’est lançé après sa retraite dans l’étude des glaciers et a fondé la glaciologie. Le petit-fils de Jean Dollfus (1800-1887), Adrien (1858-1921) a fait des études de sciences à Paris et est devenu naturaliste. Il a décrit de nombreuses espèces. Son fils Charles (1893-1981) est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages d’histoire des techniques et son fils Marc-Adrien (1896-1978) a été un médecin ophtalmologiste réputé. Et les dons pour les recherches scientifiques et autres prouesses techniques ne s’arrêtent pas là.
Dans la famille Koechlin, le fils du fondateur de la première manufacture d’indiennes Jean Koechlin (1746-1800) est le coloriste de l’entreprise. D’autres membres de la famille Koechlin découvrent la capacité de l’albumine à ôter l’excès de mordant sur les tissus, le blanchiment à la soude, la mise au point de colorants.
D’autres Koechlin sont ingénieurs. Mais ceux-ci ont quittés l’Alsace pour rejoindre d’autres horizons tout en restant dans le monde de la technique. Maurice Koechlin (1856-1946) est célèbre pour avoir conçu les plans de la Tour Eiffel et René Koechlin (1866-1951) ceux du barrage de Kembs et le projet de canalisation du Rhin.
Mais en Alsace et en particulier à Mulhouse, notamment à cause des conflits successifs, de nombreuses dynasties familiales ont disparues ou n’ont pas réussi leur reconversion.
Une cause importante de ces échecs est qu’à la suite des trois grands conflits franco-allemands, dans lesquels l’Alsace était en première ligne, a eu lieu un appauvrissement humain. Après 1870, date de l’annexion de l’Alsace à l’Empire allemand, en 1914 et aussi en 1940 beaucoup de membres de ces dynasties ont fait le choix de partir en France. D’autres se sont fait expulser, notamment des industriels allemands en 1918, des juifs et des francophiles en 1940. Pendant la première guerre mondiale, le textile est sacrifié et beaucoup d’entreprises ne s’en relèveront pas. De 1914 à 1918 et de 1940 à 1944, de nombreuses entreprises sont pillées de leurs machines et de leurs stocks. Et après la deuxième guerre, parmi les vieilles dynasties alsaciennes et mulhousiennes la plupart n’ont pas réussi leur reconversion ou n’ont pas saisi leur chance. Et à Mulhouse dans les années 1960 les usines ferment les unes après les autres.

Aujourd’hui Mulhouse centre son activité sur son pôle universitaire. L’ancien quartier industriel de la Fonderie, berceau des premières locomotives alsaciennes, a été réhabilité et le bâtiment industriel a été entièrement rénové et accueille aujourd’hui le campus de la Fonderie de l’Université de Haute-Alsace. Des projets de transformation sont en cours pour la friche DMC. Le deuxième campus, Illberg, abrite entre autres l’Ecole nationale supérieure de chimie. Les étudiants disposent d’un choix très important de formations : 4 Unités de Formation et de Recherches, 2 écoles d’ingénieurs, 2 IUT, un SERFA, un centre de formation d’apprentis universitaire, sans oublier les très réputées formations tri-nationales d’ingénieurs qui trouvent un cadre idéal dans cette région transfrontalière. L’industrie n’est pas en reste avec les établissements Peugeot, la construction mécanique et électrique ainsi que les industries chimiques.
Le tourisme est aussi un des piliers sur lesquels repose l’attrait de la ville. Ses quartiers anciens avec ses superbes maisons à colombages, ses quartiers modernes et ses musées attirent une foule importante de visiteurs qui viennent du monde entier. Ces visiteurs peuvent y accéder grâce à des liaisons ferroviaires, aériennes et routières d’une richesse extraordinaire.
La ville de Mulhouse dispose d’une situation géographique particulièrement propice. Elle dispose en plus des liaisons citées plus haut, d’un canal à grand gabarit qui permet d’accéder très facilement au Grand Canal d’Alsace et ainsi de pouvoir organiser facilement les transports pondéreux, par exemple les céréales et les graviers, avec l’Allemagne, la Suisse ainsi que tous les pays limitrophes desservis par une densité très importante en canaux. De nombreuses marchandises circulent ainsi directement du et vers le monde entier en passant par sa fenêtre sur le monde qu’est le Rhin et la Hollande. Sa situation lui permet aussi, avec les nombreuses instances politiques de peser sur le cours des choses au niveau du Rhin Supérieur et de concourir ainsi, avec l’Allemagne et la Suisse à la prospérité des habitants de toute cette zone des trois frontières.
Mulhouse était la Manchester française, la ville aux cents cheminées, maintenant elle est la ville aux mille atouts.

Ouvrages et sources consultés :
Hau, Michel (2013) : Scientifiques et industriels alsaciens, une parfaite alchimie. Saisons d’Alsace 56, p. 48-50, 54-56. Dernières Nouvelles d’Alsace.
Hau, Michel & Stoskopf, Nicolas (2013) : Mulhouse, terre de conquérants. Saisons d’Alsace 56, p. 57. Dernières Nouvelles d’Alsace.
Stoskopf, Nicolas (2013) : Religion et industrialisation, le sens de la Réforme. Saisons d’Alsace 56, p. 40- 41. Dernières Nouvelles d’Alsace.
Wagner, Richard (1996) : La région de Mulhouse à travers les âges.
Conseil consultatif du patrimoine mulhousien. http://www.ccpm-asso.fr/tour-du-diable.html (06.10.2017)
Saisons d’Alsace 56, p. 97-101 (2013) : La fin d’un monde. Dernières Nouvelles d’Alsace.
Société d’histoire et de géographie de Mulhouse : http://www.shgmulhouse.org/index.php/connaitre/historique (06.10.2017)
Studer, André : http://www.crdp-strasbourg.fr/data/patrimoine-industriel/mulhouse-19/textes/mulhouse.pdf (04.10.2017)
Ville de Mulhouse. http://www.mulhouse.fr/fr/le-moyen-age-et-la-renaissance/ (06.10.2017)

Illustration

Source : « Collection des archives / bibliothèque / musée Historique de la Ville de Mulhouse». http://www.mulhouse.fr/medias/Culture-sports-loisirs/Culture/archives/plans/pdf/N3-Plan-Merian.pdf (03.10.2017)